Publier mes travaux musicaux, c'est faire étalage de mon vécu, de mes sentiments, de mes souvenirs, ... C'est le seul moment où je suis moi-même et où j'ose enfin me dévoiler à tous sans pudeur. C'est un peu dire, dans la plus grande humilité, à qui veut bien l'entendre : « Voici qui je suis, m'acceptez-vous ? ». Alors arrive le miracle où une autre personne dit : « Oui, je vous accepte comme vous êtes et votre histoire me touche beaucoup ! ». Il arrive parfois que cette personne reprend l'histoire à son tour et l'interprète.
 
Voilà pourquoi je fais de la musique sous licence « Art Libre » : pour que tout le monde puisse écouter librement mon récit, et même, le raconter à leur tour...
 
Il y a le cas où une autre personne, sans concertation, raconte publiquement la même chose que vous, sans dire : « Ecoutez ce que l'on m'a raconté... ». Je ne prends pas cela pour du vol, mais plutôt comme si deux personnes avaient la même chose à dire ou la même perception du monde qui nous entoure. Dans l'univers de la conversation publique, on dirait simplement : « Ces personnes ont des points communs ! » mais dans celui du droit d'auteur, on appelle ça un plagiat. C'est très mal, c'est même répréhensible !
 
A notre époque, nous sommes saturés de récits musicaux et il arrive qu'une personne raconte ce qu'elle pense être son récit, le prenant pour son vécu propre mais ne fait que transposer ce qu'elle a entendu.
 
Cette personne, sincère dans sa démarche, se voit alors discréditée à tout jamais.
 
Cette phobie me poursuit depuis que je diffuse mes travaux publiquement. Je serais alors pris pour un affabulateur. C'est pourtant ce qui m'est arrivé avec Adèle.
 

Un jour mon frère me dit : « Tu nous as eu avec tes histoires, elles ne sont pas de toi !... » .

 
J'étais très embêté, car il m'était déjà arrivé de « composer » une pièce pour piano, que je trouvais fort jolie. J’ai réalisé que j'avais « repris » la partie guitare de « La Llorona » de Chavela Vargas. Fort heureusement, je m'en suis rendu compte avant de la diffuser.
 
Alors, je lui ai répondu : « c’est possible ; je suis sincère dans ma démarche ». Il était important qu'il me dise de quel morceau il s’agit, afin que je régularise la situation en le supprimant et en avertissant la communauté libre que je n’étais pas l'auteur original.
 
Le verdict tombe : Un jour mon frère me téléphone et me dévoile le titre litigieux : Adèle « Someone like you ». Je l'écoute et en effet, les 40 premières secondes ressemblent étrangement à « Prélude » que j'avais sorti dans « Opus Solemnis ». Ce n'est pas comme un précédent bien connu, en Belgique, qui opposait Acquaviva à Madonna. Non, là, même si les enchainements d'accords ne sont pas identiques, la ressemblance est bien plus troublante.
 
[Si vous voulez comparer...]
 
Je me suis senti anéanti, craignant un procès dont je ne me relèverais probablement jamais sans compter le jugement de mes proches malgré ma sincérité.
 
Heureusement pour moi « Prélude » date de 2005 et « Someone like you » est sorti en 2010.
 
Adèle, tout au moins son pianiste, aurait t-il copié ou s'en est-il inspiré ?
 
C'est possible, du fait de la licence libre pour laquelle j'ai opté. La propagation de mes travaux a pris des proportions dont je n'ai pas mesuré et ne mesure toujours pas l'ampleur actuellement. J'ai aussi adhéré à une société Luxembourgeoise de diffusion de «musiques libres» , dont je n'ai pas saisi sur l'instant le principe, proposant à des tiers des travaux musicaux prêts à l'emploi pour sonoriser ascenseur, répondeur, spot radio et vidéo, ... sans droits supplémentaires. De ce fait, le pianiste d'Adèle aurait pu entendre ce que j'ai fait en faisant, par exemple, ses courses au supermarché. Mais j'en doute.
 
Ce qui est surtout possible, comme nous ne sommes jamais entièrement l'auteur d'une oeuvre, c'est que l'on a eu la même inspiration ou la même histoire à raconter.
 
Mais voilà tel Highlander, l'application actuelle du droit d'auteur veut qu'il ne peut en rester qu'un !
 
Loin de moi l'idée de vouloir attaquer en justice ma « Madonna » et il ne me viendrait pas à l'esprit non plus, contrairement au jugement de Mons pour la chanson Frozen, de demander l'interdiction de diffusion de ce titre et de priver, par la même occasion, de nombreuses personnes d'une part d'eux-mêmes, par ce que ce titre a pu véhiculer. Bien au contraire, conscient du problème qui se présente, je préfère, de loin, faire avancer les choses et relancer le débat sur la vétusté de l'application du droit d'auteur.
 
Il est temps de prendre en compte les nouvelles technologies et l'abondance des créations artistiques, qui ne mettent personne à l'abri du plagiat et pourraient à terme, mettre en péril la création de nouvelles oeuvres.
 
Ce droit d'auteur, de la façon dont il est appliqué aujourd'hui, est totalement obsolète (parfois totalitaire) et oublie que le monde musical, littéraire et pictural qui nous entoure fait partie intégrante de notre personnalité et de ce fait, de notre créativité.
 
Cette façon de faire avait peut-être un sens à l'époque où seuls les radios ou autres supports analogiques transportaient l'information. A présent, elle est totalement dépassée face à la manière dont nous avons d'échanger le savoir.
 
Certains sceptiques ajouterons que ce ne sont quelques gouttes ; qu'il n'y pas lieu de s'inquiéter. Ces quelques gouttes sont probablement les prémices d'une averse. Il serait sage de s'abriter avant d'être complètement trempé.
 

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